jeudi 21 juin 2007

La courbe de tes yeux

Merci à Cyrielle, que je ne connaissais pas encore, d'avoir participé et de nous faire partager son amour pour un poète amoureux ; j'espère que nous nous recroiserons encore souvent!

Si je vous dis : « j'ai tout abandonné »
C'est qu'elle n'est pas celle de mon corps,
Je ne m'en suis jamais vanté,
Ce n'est pas vrai
Et la brume de fond où je me meus
Ne sait jamais si j'ai passé.


L'éventail de sa bouche, le reflet de ses yeux,
Je suis le seul à en parler,
Je suis le seul qui soit cerné
Par ce miroir si nul où l'air circule à travers moi
Et l'air a un visage, un visage aimé,
Un visage aimant, ton visage,
A toi qui n'as pas de nom et que les autres ignorent,
La mer te dit : sur moi, le ciel te dit : sur moi,
Les astres te devinent, les nuages t'imaginent
Et le sang répandu aux meilleurs moments,
Le sang de la générosité
Te porte avec délices.
Je chante la grande joie de te chanter,
La grande joie de t'avoir ou de ne pas t'avoir,
La candeur de t'attendre, l'innocence de te connaitre,
O toi qui supprimes l'oubli, l'espoir et l'ignorance,
Qui supprimes l'absence et qui me mets au monde,
Je chante pour chanter, je t'aime pour chanter
Le mystère où l'amour me crée et se délivre.

Tu es pure, tu es encore plus pure que moi-même.


Paul Éluard, Capitale de la douleur (1926)

Posté par dojam à 23:05 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur La courbe de tes yeux

    JOliiiiiiiii, je le connaissait pas celui-là!

    Quelle riche idée tu as eu... nous refaisons notre culture poétique

    Posté par Sarita, samedi 23 juin 2007 à 13:54 | | Répondre
  • non lo conoscevo. ciao, Do, buona domenica!

    Posté par mariangela, samedi 23 juin 2007 à 18:04 | | Répondre
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